PARUTION DANS LA REVUE DU TARN (1969)

« EN SOUVENIR DE JEAN de TRIGON » par Paul de Trigon

« Il y a deux ans, dans cette même église d’Arfons, j’avais eu l’occasion de parler des origines du village et de l’Hôpital Saint-Jean qui fut un centre de colonisation en Montagne Noire.

J’avais terminé cette histoire locale par une poésie intitulée « Les Vieux du Village ».

L’historique d’Arfons était basé sur le précédent travail de Gaston Durand-Gorry et de Jean de Trigon.

La poésie « Les Vieux du Village » était de Jean de Trigon.

Et il se trouvait parmi nous ce soir là.

Aujourd’hui, cette évocation de sa vie d’artiste, d’écrivain, de poète, ne pouvait mieux se faire que dans ce village qui a tenu une si grande place dans son affection.

Mon frère était si attaché à ce coin du Languedoc ou tant de souvenirs se matérialisaient dans les maisons, le jardin des vacances, qu’il a voulu, malgré son état de santé, revenir encore en juillet 1968 (l’an dernier), revoir une dernière fois le cadre familier.

L’importance de son œuvre d’écrivain et de peintre témoigne de son amour d’Arfons et de la Montagne Noire.

Ainsi, c’est dans l’édifice qui a été bâti à l’emplacement même de celui de la Commanderie Hospitalière de Saint-Jean de Jérusalem, qu’avec vous, ce soir, sera évoqué en un pieux pèlerinage au val sans retour, cette vie très chrétienne de Jean de Trigon, entré en 1965, comme Donat dans l’Ordre de Saint-Jean de Malte et reçu chevalier de Malte en juillet 1967.

En souvenir de la grande simplicité et de la discrétion de celui qui fut pour tous ceux qui l’ont connu, un grand exemple de charité morale et d’amour du prochain, je tiens à ce que cette évocation soit emprunte de recueillement. C’est la raison pour laquelle je ne désire aucune présentation et aucun remerciement personnel.

Mon rôle, ici, étant de remplir un pieux devoir fraternel et admiratif, en communion de sentiment et de pensée avec vous tous ici présents.
Né le 16 septembre 1902 à Morlaix, Jean de Trigon avait le caractère doux et affectueux de son père et l’enthousiasme méridional de sa mère. Durant sa prime jeunesse, il fut très entouré par sa grand-mère maternelle, qui reporta sur lui l’affection qu’elle avait eue pour son fils, prématurément décédé.

Elle berça l’imagination de son petit-fils de souvenirs d’une époque révolue, tant et si bien que Jean de Trigon se créa un personnage d’enfant dont les jeunes années auraient vécu la fin du règne de Louis-Philippe et le second Empire.

Chaque été, il allait passer deux ou trois mois chez cette grand-mère, dans la petite bourgade d’Arfons.

Très tôt, il dessina. Le besoin d’imaginer le transportait en un monde inexistant, celui de ses rêves, dans un pays merveilleux qui avait les caractères de la montagne languedocienne où il réunissait tout ce qu’il aimait.

Les lettres lui plaisaient, et très jeune, il écrivait de belles rédactions où déjà perçait l’exactitude de ses observations et la poésie avec laquelle il idéalisait ses récits. A part l’amitié d’un jeune cousin qui habitait les environs de Morlaix, il vivait surtout parmi les grandes personnes, ce qui lui donnait un précoce mûrissement de la pensée et du raisonnement. Sa grand-mère l’avait élevé dans une religion un peu emprunte de jansénisme ; tendance fréquente dans les pensionnats religieux de jeunes filles au temps où elle étudiait chez les Dames de Chavagne.  »

… à suivre…

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